Strasbourg. Au pays du football, du basket, du handball, du hockey, les rugbymen sont ici vus comme des hérétiques.
À ma descente du TGV en provenance de Paris, 15 degrés de moins dans la besace, j’embarque avec mon équipe dans la voiture de mon colistier Patrice Dumoulin, direction rue Baden Powell, à l’ouest de la capitale alsacienne où se niche le Strasbourg Alsace Rugby (SAR).
En arrivant sur les coups de 18h00, la surprise est grande. Je découvre les splendides installations de ce club en faillite en 2018 et qui a su aussitôt renaître de ses cendres. Pour nous accueillir, Laurent Auvray, le très dynamique président à l’origine du renouveau du club alsacien à la suite de la liquidation du Racing Club de Strasbourg Rugby.
D’emblée, son discours témoigne de son ambition pour faire émerger le rugby dans ce coin de France. « La reprise en main du club s’est faite sur des bases très professionnelles, annonce-t-il fièrement, dans le but de structurer le SAR et le développer selon trois axes avec la partie sportive et le haut niveau bien entendu, la partie formation en lien avec le domaine scolaire (une section sports études a été créée et accueille actuellement 35 jeunes au sein du club) et démocratiser son accès ».
Il en est convaincu, « le rugby a toute sa place en Alsace. La preuve en est notre capacité à mobiliser un certain nombre de partenaires, à mobiliser également de fervents supporters ». Le rugby, même ici en Alsace est un sport passion et cet engouement me saute aux yeux.
Plus tard dans la soirée, le débat avec les présidents de clubs d’Alsace et même de Moselle et Meurthe-et-Moselle pour certains, est passionnant. Deux heures durant on y parle de la sacro-sainte troisième mi-temps, inscrite dans l’ADN du rugby.
« Je ne comprends pas que pour qu’elle soit réussie la 3e mi-temps doit obligatoirement être alcoolisée », s’insurge le président du SAR. « La convivialité, c’est important, mais pas n’importe comment. Alors on a imposé des règles strictes. J’attends de la fédération qu’elle mette en place des moyens efficaces de prévention à destination des jeunes ». Le sujet est important et tellement d’actualité !
Les questions fusent. Nous y répondons avec Jean-Louis Zevaco et Patrice Dumoulin mes colistiers, aidés de Jean-Claude Skrela au verbe toujours incisif et précis.
Autre priorité pour les clubs amateurs celle « de former les dirigeants que nous sommes. Nous sommes tous des bénévoles, nous avons besoin, dit-il, qu’on nous aide, et vite ».
Message reçu 5 sur 5. Le débat se termine toutefois sur un constat implacable : « Notre région est sinistrée en matière de rugby, se lamente un autre président. Garçons, filles, le plus haut niveau est ici la Fédérale 3. On mérite mieux ».
Après Bobigny, Strasbourg nourrit ma réflexion et accroit ma volonté d’aider ces clubs à faire émerger notre sport dans ces belles régions.
Interview de Laurent Auvray, le président à l’origine du renouveau du club alsacien à la suite de la liquidation du Racing Club de Strasbourg Rugby.