La campagne électorale pour la présidence de la FFR entre le tenant du titre Florian Grill et l’outsider Didier Codorniou est montée d’un cran.
Après la prise d’assaut de la FFR en 1966 par les « Jeunes Turcs » d’Albert Ferrasse, la lutte pour la présidence avait connu une longue accalmie. Jusqu’à ce qu’en 1991, Jacques Fouroux soit excommunié pour avoir voulu supplanter Ferrasse, et que Jean Fabre, trahi par Ferrasse, se fasse doubler par Bernard Lapasset. Puis, en 2016, Bernard Laporte attaqua frontalement Pierre Camou pour s’installer à Marcoussis. Depuis, les élections fédérales ont été mouvementées.
Candidat, le 16 mai 2024, à la présidence, Didier Codorniou est rompu à l’exercice. Maire, vice-président de région, il n’a jamais perdu une élection. « Mais cette campagne pour la présidence de la FFR n’a rien à voir avec les campagnes politiques que j’ai précédemment vécues : elle est moins feutrée, plus passionnée, mais sans calculs et coups tordus, note le Gruissanais. Je ne regarde pas la presse chaque jour en me demandant ce qui va sortir pour me déstabiliser. Et je ne parle pas des réseaux sociaux, que j’ignore, avec des profils masqués qui instillent du venin… Il y a eu dès le début entre Florian Grill et moi un pacte de non-agressivité. Il est respecté. »
Homme politique, l’ancien trois-quarts centre international profite d’une aura sportive que ne peut lui disputer son adversaire : elle lui attire la sympathie des présidents qu’il croise. Selon nos informations, sa garde rapprochée, très active, s’avère prompte à attaquer Florian Grill sur son bilan. De son côté, Codorniou, dont on aurait tort de croire qu’il est tout miel, n’hésite pas à critiquer sèchement Florian Grill pour sa gestion des « affaires » de l’été, la tenue dans l’urgence d’« États généraux » bâclés en trois heures, et l’analyse que fait l’actuel président des comptes de la FFR, qualifiant d « autocrate » et de « président par intérim » le locataire de Marcoussis.
Ces attaques ad hominem ont le don d’irriter l’intéressé. « Nous avions déjeuné ensemble à Paris, Didier et moi, et nous nous étions mis d’accord sur le principe d’une campagne propre. De mon côté, j’ai tenu parole… Dire du mal des gens du rugby fait mal au rugby. »Florian Grill n’ira pas plus loin dans la critique de son opposant, mais sa frustration est perceptible. « À l’époque (en 2020), j’avais demandé à Bernard Laporte un débat, ce qui est mieux qu’un duel à distance, et il avait refusé. J’ai demandé la même chose à Didier et il a lui aussi refusé, note Grill. Je pense qu’il manque à cette campagne une vraie confrontation d’idées, afin de rester sur le contenu des programmes et des projets. »
D’outsider parti de très loin il y a trois mois alors que son adversaire laboure le terrain depuis de nombreuses années, « le Petit Prince » s’est montré virulent. Depuis les « affaires » de l’été, il n’a jamais manqué l’occasion de souligner à quel point la FFR manquait d’autorité, rappelant aussi que Florian Grill n’a pas tenu toutes les promesses de sa précédente campagne, celle de juin 2023 face à Patrick Buisson. Les présidents présents lors des différentes réunions de campagne l’assurent : l’équipe Codorniou est passée à l’offensive.
Lorsqu’on lui demande quels sont les points notables de son programme, ceux qui le différencient de son adversaire, l’ancien attaquant tricolore n’hésite pas : « Une méthode participative, un programme co-construit avec les présidents de clubs amateurs et des axes innovants sur le plan de l’investissement financier pour rénover et développer les infrastructures. » Interrogé sur ce même sujet, Florian Grill souligne en préambule que « les réalisations concrètes pour améliorer les installations et la vie des clubs, ainsi que notre présence sur le terrain, en proximité avec les clubs, constituent aujourd’hui notre socle. »
Puis l’ancien président de l’ACBB et de la Ligue Île-de-France ajoute : « Cela fait entre trente et cinquante ans que mon équipe et moi nous sommes actifs dans le rugby amateur et au sein de la FFR. Nous avons occupé tous les postes. C’est notre caractéristique. Notre plan Marshall est réalisé : il n’est pas virtuel. Pareil pour l’aspect financier et le dossier des assurances. » À la consolidation des mesures lancées depuis treize mois s’oppose la promesse de réenchanter le rugby : les clubs français ont cinq semaines avant de choisir pour qui voter.
Richard Escot pour le journal l’Équipe.