Bordeaux (Interview Sud-Ouest) – Didier Codorniou : « Je suis pour restaurer l’autorité »

Interview réalisée Par Arnaud David et Denys Kappès-Grangé du journal Sud-Ouest
Didier Codorniou, candidat à la présidence de la Fédération française de rugby, rencontre face à la rédaction sportive du journal Sud-Ouest
Didier Codorniou, candidat à la présidence de la FFR le 19 octobre prochain. © Crédit photo : Thierry DAVID/SO

Adversaire de Florian Grill lors de la prochaine élection à la présidence, le 19 octobre prochain, l’ancien international a exposé sa vision de l’état d’une Fédération chahutée par les faits divers

 

Vous menez une campagne discrète. Ne l’est-elle pas trop ?

Ma méthode est participative et demande de prendre du temps avec les présidents. Nous avons la volonté d’être à l’écoute. La communication est nécessaire, mais je me méfie beaucoup lorsqu’elle est intensive. Ce qui m’importe est d’être dans la réalité de l’action. Les affaires qui se sont succédé cet été (1) vous offraient une tribune. Vous ne l’avez pas saisi hormis pour critiquer des états généraux qui vous semblaient inappropriés…

 

Les sujets sont trop graves, ils nécessitent de prendre le temps de la réflexion. Je me suis permis d’intervenir, une fois que le président a communiqué à outrance, parce que j’ai eu peur pour (Melvyn) Jaminet. Je le connais, j’ai mesuré la difficulté que pouvait traverser un joueur de haut niveau. |l a commis une faute : il était avec ses copains, il s’est trompé de messagerie… Je sais que ce n’est pas un joueur raciste. Il a été attaqué avec une violence inouïe, notamment par le président de la
Fédération (NDLR, Florian Grill : « Je pense qu’il y a une incompatibilité entre les propos de ce type et le fait de porter le maillot de l’équipe de France »). J’ai eu peur qu’il mette fin à sa vie.

 

 

Vous semblez dédouaner Melvyn Jaminet. Sera-t-il à nouveau sélectionnable si vous accédez à la présidence ?

Ce que je dis, c’est qu’il faut prendre du temps avant de prononcer des décisions. Il faut qu’il y ait une sanction. Comme à l’encontre des joueurs qui sont sortis après le deuxième test en Argentine : c’est une faute professionnelle. Je suis pour restaurer l’autorité. Il faut qu’un président se fasse entendre. Jaminet doit donc être sanctionné, mais il y a un humain derrière cette histoire.

J'ai l’impression qu’on a un président qui sait tout.

Quel encadrement préconisez-vous ?
Je n’étais pas en Argentine et en Afrique du Sud. Mais j’ai été manager des moins de 20 ans. Quand on passait 15 jours dans des pays « délicats », j’ai toujours alerté les joueurs sur les endroits où ils allaient. Il y a eu des manquements au niveau des staffs. Dans toutes les tournées, il y a toujours eu un chef de liaison, un directeur de tournée et un vice-président de la FFR. Ce n’était pas le cas. Il y a eu des défaillances.

En quoi les états généraux convoqués par Florian Grill sont-ils malvenus ?
Ces états généraux, sur une journée, ne vont rien régler. Nous, on propose des assises sur sept week-ends pour travailler sur un livre bleu du rugby. Il donnera une vision sur les 10 ou 15 prochaines années. On ne peut pas répondre à l’immédiateté. J’ai l’impression qu’on a un président qui sait tout.

Ces affaires ne sont-elles pas la preuve que le rugby souffre d’un mal plus profond ?
Il faut faire attention à ne pas jeter l’opprobre à l’ensemble du rugby : ce serait entacher l’image des 300 000 licenciés, de tous les bénévoles. Ces problèmes d’alcool et de drogue sont partout dans la société. Il faut les combattre, mais avec des professionnels de la toxicomanie, de la sociologie…

Dans le cas où Hugo Auradou et Oscar Jegou devaient être innocentés, quel sera leur avenir en sélection à vos yeux ?
Il faut que la Fédération décline les sanctions plus ou moins dégradées pour qu’on ait une clarification des pénalités : exclu partiellement, totalement… Je suis pour des sanctions fermes, mais pas forcément irrévocables.

Pour revenir à votre campagne, on n’identifie pas clairement le message dont vous êtes porteur…

On est sur le terrain seulement depuis près de trois semaines : c’est ce qui nous manquait pour apporter un éclairage à notre projet. Le programme a été construit en écoutant les présidents. Ils réclament la simplification administrative, ils témoignent de leurs difficultés financières, ils parlent des jeunes aspirés par les clubs professionnels… Ces derniers se sont très bien structurés. lls tiennent aujourd’hui l’ensemble du rugby : le monde amateur est lui en grande difficulté. C’est pour cela que je prône une pyramide inversée. Il faut consolider le socle. On peut parler du 7, du rugby féminin, du rugby loisir. Mais, ce qui est ma différence peut-être, c’est que je défends le rugby amateur à XV.

Comment ? 

Derrière mon programme, il y a la question des bénévoles. Un rapport d’une commission de députés et de sénateurs en 2023 préconise la création d’un statut officiel, incluant la reconnaissance des acquis d’expérience et la comptabilisation de leur engagement dans leurs trimestres de retraite : je veux porter ce dossier au plus haut niveau. Il y a aussi la question des infrastructures. On ne peut pas faire venir des jeunes joueurs si elles sont défaillantes. Pour y remédier, on veut déployer un plan Marshall qui doit nous permettre de lever 120 millions d’euros. La Fédération impulsera 3 millions par an et on lèvera le reste avec les collectivités. Il y a des fonds à capter.

J'assumerai les décisions qu’il faudra prendre en fonction de la justice

L’actuelle gouvernance alerte quant à la fragilité des finances de la FFR. Pas
vous ? 

Je ne pense pas que la FFR soit en faillite. Il y a une présentation insincère du budget. Si nous sommes en responsabilité, nous irons chercher des nouveaux partenaires. Je pense qu’on peut revenir à l’équilibre en 2025, voire en 2026 au plus tard. Sachant qu’il y a également le sujet majeur du Stade de France. On passe sous silence ce dossier, or c’est une vraie vitrine événementielle.

 

 

En cas d’élection, vous serez président lors du prochain procès en appel de l’affaire Laporte-Altrad. Le groupe Altrad peut-il rester sponsor de la Fédération si la première condamnation est confirmée ?

Attendons que la justice se prononce. J’ai toujours pris mes responsabilités. J’assumerai les décisions qu’il faudra prendre. 

 

À l’exception de Guilhem Guirado, votre liste ne comporte que peu de noms connus. Est-ce un choix ?

Oui. Je pouvais solliciter d’anciens joueurs impliqués dans les clubs, comme Serge Blanco par exemple. Il a un parcours admirable, il est reconnu dans toutes les nations. Je veux d’ailleurs qu’il soit en quelque sorte notre ambassadeur à l’international avec Guilhem Guirado. Mais je pense que pour gérer une fédération aujourd’hui, il faut des experts-comptables, des juristes.